
Etre auteur d'un livre est un délice lorsque les lecteurs viennent à votre rencontre, expriment leur plaisir, ou même un avis négatif, achètent. La dédicace, la participation aux salons est un
pensum lorsqu'il faut attendre, guetter le visiteur

, tenter, par une
apostrophe, d'accentuer l'intérêt du passant dont l'oeil s'attarde sur la couverture ou sur l'affichette voisine. Le 14 juin, seulement trois Redonnais nous ont fait l'honneur d'emporter
"Rougir". Il est vrai que nous avons décompté à peine une cinquantaine de passants dans la rue en deux heures trente. Redon est une ville particulière, a commenté notre hôtesse libraire. Son
enclavement dans les terres, à cheval sur trois départements (Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire-Atlantique) en a fait une ville farouche mais fière. Autrefois très industrielle, elle a été, dans les
décennies 1970-1980, le théâtre de hauttes luttes ouvrières (machines agricoles Garnier, briquets Flaminaire...) qui ont renforcé sa fierté. Pour rendre le livre plus attractif, nous avons réalisé
à l'intention des librairies qui se trouvent dans un rayon de 30 km de Malestroit un bandeau qui valorise cette proximité. Pour justifier encore plus cette tiédeur ou cette réserve redonnaises, la
libraire a ajouté : "Malestroit, pour les Redonnais, c'est un peu loin".
Lorsque nous avons proposé au personnel de librairie denous installer à l'extérieur, devant la vitrine pour mieux nous mettre en vue, la propriétaire a marqué une hésitation et a souri en nous
faisant remarquer la cohabitation avec le magasin voisin. L'affriolant mannequin de la boutique de lingerie attirerait-il les chalands et ceux-ci dirigeraient-ils, incidemment, leur regard sur sur
notre table ?
Nous n'avons pas vu plus d'acheteuses et d'acheteurs entrer dans la boutique de charme que dans la librairie et se présenter à notre stand. Peut-être faut-il revoir les formes de
commercialisation du livre. Les industriels de l'agroalimentaire et d'autres domaines (soins du corps) ont inventé un artifice pour doubler l'attractivité d'un produit et en faire connaître un
autre au consommateur : le co-packing. La technique consiste à associer deux produits différents, par exemple une plaque de chocolat et une mini-dose de café, des lames de rasoir et
un mini-flacon de gel ou de baume de rasage . Peut-être aurions-nous dû, à Redon, co-packé "Rougir" avec un article de lingerie ou une parure. Quoi qu'il en soit, la juxtaposition était
piquante et ceux qui ont lu les pages 123 à 130 de "Rougir" ("La sexualité à tout prix") souriront à cette évocation...
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